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Autisme, neurodivergence : comprendre sans s’enfermer

  • voiraudelahypnose
  • 31 mars
  • 4 min de lecture

Quand la neurodivergence éclaire une vie… mais peut aussi devenir un piège identitaire


Aujourd’hui, la neurodivergence est de plus en plus visible, nommée, reconnue. Et avec elle, de nombreuses personnes découvrent tardivement un fonctionnement qu’elles n’avaient jamais compris.

Récemment, l’animatrice Maïtena Biraben expliquait avoir eu une véritable révélation en écoutant le témoignage d’une femme autiste. Ce récit a fait écho en elle, au point de l’amener ensuite à entamer un parcours diagnostique, qui a confirmé ce qu’elle pressentait.

Sous son témoignage, j’ai lu ce commentaire :

« Je crois qu'il va falloir reprendre de fond en comble les terminologies, les assignations posées par des spécialistes ou par soi-même, causes de révélations identitaires en cascade. La psyché ne se résume pas à un mot, "autisme", vieux terme dont l'utilisation décrivait tout autre chose que ce qu'elle désigne maintenant. Quand on a une révélation, on se trompe, on fait l'économie du travail et du doute. On pourrait se poser ensemble une question : pourquoi les concepts d'autisme et de neuro-atypie sont si bien reçus aujourd'hui ? Qu'est-ce que l'autisme, sous sa forme contemporaine élargie ? Les personnes les plus informées et honnêtes intellectuellement répondent qu'elles n'en savent rien. »

Ce commentaire m’a arrêtée. Il m’a à la fois agacée… et fait réfléchir.

Parce qu’il touche à quelque chose de sensible, presque inconfortable : notre besoin de comprendre qui nous sommes, et la manière dont, parfois, nous nous accrochons à cette compréhension.

Je ne peux pas aborder ce sujet de manière distante. Je suis la mère de trois enfants neuroatypiques, tous les trois dans leur vingtaine et diagnostiqués tardivement.

Et je le dis sans hésitation : si nous avions su plus tôt, nous aurions évité beaucoup de souffrance.



femme nostalgique a la fenêtre

Nommer pour comprendre


L’autisme, le TDAH, le haut potentiel, les dys ne sont pas des constructions identitaires.

Ce sont des fonctionnements neurologiques différents, que l’on regroupe aujourd’hui sous le terme plus large de neurodivergence.

Les neurosciences permettent d’observer des particularités dans le fonctionnement du cerveau. Cela ne relève pas d’une mode, mais d’une réalité.

Et lorsqu’un diagnostic arrive, surtout tardivement, il agit comme une clé.

Ce qui était vécu comme un échec devient compréhensible. Ce qui était perçu comme une anomalie devient un fonctionnement.

Pour beaucoup, c’est un soulagement immense.

Comprendre permet de cesser de se violenter pour entrer dans des normes inaccessibles. Comprendre permet de se respecter.


Mais comprendre n’est pas s’arrêter


Là où ce commentaire, malgré ses maladresses, me semble poser une vraie question, c’est dans ce risque de basculement.

Celui de passer de la compréhension à l’identification totale.

Quand on a longtemps souffert, on cherche du sens. Quand on le trouve, on peut être tenté de s’y installer.

Et peu à peu, la neurodivergence ne devient plus un outil, mais une identité.


Une confusion fréquente


Je repense à une situation qui m’a marquée.

Un homme, se présentant comme autiste et HPI, a dit un jour à ma fille :« Je suis autiste, je n’ai pas d’ego. »

Dans le même temps, il se plaignait beaucoup des autres, et en particulier des femmes, qu’il jugeait incapables d’apprécier sa “sensibilité”.

Ce type de discours révèle, à mes yeux, une confusion importante.

La sensibilité n’est pas la souffrance.

La sensibilité est une capacité à percevoir finement. La souffrance, elle, peut enfermer, rigidifier, rendre centré sur soi.

Et surtout, il existe un écart entre ce que l’on vit intérieurement et ce que l’on donne à l’extérieur.

On peut ressentir intensément… sans pour autant être ajusté dans la relation.

Dire que l’on n’a pas d’ego est souvent une manière de ne pas le regarder.


Quand tout s’explique… et que plus rien ne se questionne


Le risque, dans ces dynamiques, est de tout rapporter au diagnostic.

Les difficultés relationnelles, les conflits, les incompréhensions deviennent alors uniquement le fait des autres.

Ils ne comprennent pas. Ils ne sont pas adaptés. Ils ne voient pas.

Il peut y avoir une part de vérité dans cela.

Mais lorsque cette lecture devient exclusive, elle empêche toute remise en question.

Et sans remise en question, il n’y a pas d’évolution possible, y compris lorsqu’on se reconnaît dans la neurodivergence.


Un mécanisme universel


Ce phénomène ne concerne pas uniquement la neurodivergence.

Je l’ai observé dans d’autres domaines.

Lorsque j’ai commencé à parler des relations toxiques et que j'ai témoigné de ma propre histoire, certaines personnes sont restées enfermées pendant des années dans cette identité de victime.

Tout leur vécu passait par ce prisme.

Or, il y a un moment où comprendre ne suffit plus.

Il faut pouvoir reprendre sa vie.

Sinon, la blessure devient une manière d’exister.


Ce que le diagnostic n’efface pas


Un fonctionnement neurologique différent explique beaucoup de choses.

Mais il n’explique pas tout.

Il ne remplace pas le travail sur :

  • son histoire

  • ses schémas relationnels

  • ses blessures

  • son positionnement face aux autres

  • ses traumas

Il ne dispense pas d’apprendre à se connaître au-delà de toute étiquette mais avec certes des outils, des méthodes différentes pour les neurodivergents.


Une époque de l’identification


Si la neurodivergence est aujourd’hui largement mise en avant, c’est à la fois une avancée et un phénomène de société.

Nous vivons dans une époque où l’identité prend une place centrale. (féminisme/masculinismes, LGBT/hétéros, eveillés/moutons, gauche/droite, flammes jumelles/moldus, toute religion opposée à une autre etc etc ...)

On cherche à appartenir. À se définir. À se reconnaître dans des catégories.

Cela peut être réparateur.

Mais cela peut aussi enfermer.

On retrouve ces mécanismes dans d’autres domaines, comme certaines croyances autour des relations (flammes jumelles, âmes soeurs etc ...)

ou des formes de développement personnel.

Le risque n’est pas dans les concepts eux-mêmes, mais dans la manière dont on s’y attache.


Ce que je transmets à mes enfants


Avec mes trois enfants, ma position est simple.

Le diagnostic est un point d’appui.

Il permet de se comprendre, de s’ajuster, de respecter ses limites.

Mais il ne doit jamais devenir une frontière.

Ils ont des fonctionnements différents, que l’on appelle aujourd’hui neurodivergence, c’est une réalité.

Mais ils ont, comme tout être humain, une responsabilité dans leur manière d’être en relation, de se positionner, d’évoluer.


Continuer à se rencontrer soi-même


Au fond, la question n’est pas de savoir dans quelle catégorie nous entrons.

Mais de savoir ce que nous faisons de ce que nous sommes.

La neurodivergence peut éclairer un chemin. Mais elle ne doit jamais le remplacer.


Pour aller plus loin


femme rayonnante



 
 
 

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